MESSE DE LA VEILLEE PASCALE 2020

11 avril 2020.

 MESSE DE LA VEILLÉE PASCALE.

Chers frères et sœurs dans le Christ,

Le message central de cette nuit de Pâques est un message de sérénité, de paix et d’espérance : « Vous, soyez sans crainte ! Je sais que vous cherchez Jésus le Crucifié. Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voir l’endroit où il reposait. Puis vite, allez dire à ses disciples : “Il est ressuscité d’entre les morts, et voici qu’il vous précède en Galilée ; là, vous le verrez” ». Ce sont là les paroles de l’ange à l’adresse des femmes venues au tombeau de beau matin, toutes craintives qu’elles étaient. Ces mêmes paroles sont reprises par le Ressuscité lors de sa rencontre avec les femmes : « Soyez sans crainte… »

Ces paroles sont aussi adressées à nous en cette période difficile que nous traversons, période marquée par l’avènement inattendu du coronavirus, avec tout ce que cette pandémie a provoqué et continue de provoquer comme stress, peur, mise en quarantaine, détresse physique, décès, désastre économique au plan mondial.  

A tout cela s’ajoutent toutes les restrictions sanitaires imposant la suspension des célébrations eucharistiques ouvertes à l’assemblée, le jeûne eucharistique forcé et l’impossibilité d’avoir accès à tout autre sacrement en pleine période de carême et durant les fêtes pascales. Dans le but de respecter strictement les consignes données, nous avons été amenés à organiser notre vie de prière dans la stricte intimité de la famille. La joie de nous retrouver en communauté paroissiale ou dans les mouvements et associations a disparu, laissant la place quelque peu à un certain isolement. Certains ont même le sentiment que le clergé les a abandonnés. C’est au cœur de cette crise douloureusement vécue par les uns et les autres que surgit le message du ressuscité invitant à la sérénité, la joie et l’espérance.

Oui, à vrai dire, notre situation s’apparente quelque peu à celle des deux femmes de l’évangile qui, arrivant au tombeau de beau matin, avaient l’intention d’y contempler Jésus, le Crucifié. Mais à défaut du corps du crucifié gisant au sépulcre, c’est l’ange du Seigneur qui leur apparaît annonçant que le Christ est ressuscité. Il leur intime ensuite l’ordre d’aller annoncer cette bonne nouvelle à ses disciples.

De femmes tristes et abattues qu’elles étaient « elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples ». Sur leur chemin vers les disciples, elles rencontrèrent elles-mêmes le Christ ressuscité qui les invita une fois encore à la sérénité et les envoya porter la nouvelle de la résurrection aux disciples : « Soyez sans crainte, leur dit-il, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront ». A l’écoute de cette page d’évangile trois points me semblent importants à souligner pour notre méditation sur le mystère de la résurrection.

Le premier point, c’est la victoire de la vie sur la mort : nous ne pouvons pas croire au Christ mort et ressuscité et demeurer dans la consternation, c’est-à-dire être abattus comme des gens morts. La consternation, c’est en effet le signe de l’abattement, de la sépulture et de la mort. C’est le signe que la vie nous a quittés et que nous nous laissons gagner par des sentiments de mort.

Or notre Dieu est principalement le Dieu de la vie, comme nous le montre si bien l’auteur du Livre de la Genèse dans le récit de la création. Dieu s’y affirme comme celui qui fait jaillir la vie du chaos primordial: par sa parole, il donne forme à ce qui était vide et informe, il fait resplendir la vie à travers les éléments de la nature, il crée l’homme à son image et il fait de lui le roi de la création.  

La vie de l’homme a tellement du prix à ses yeux que Dieu ne peut supporter qu’il soit méprisé, humilié, anéanti par d’autres hommes. La page du livre de l’Exode nous a rappelé comment Dieu lui-même s’est engagé dans l’histoire de son peuple pour le libérer de l’esclavage imposé par Pharaon, roi d’Égypte. A travers l’Exode se profile donc déjà le mystère de la résurrection.

Dans la même perspective, le prophète Isaïe nous montre que pour cause de la valeur précieuse que représente la vie de l’homme, Dieu se charge lui-même de consoler son peuple, de lui réaffirmer son attachement indéfectible et ce, malgré les infidélités réitérées du peuple. C’est dire que nous ne saurions accueillir la Parole de Dieu et manquer de vie. Comme l’exprime si bien l’apôtre Pierre face à Jésus : « A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 68).

Pour nous qui sommes disciples du Christ et mettons notre espérance au Christ mort et ressuscité, c’est le moment de nous interroger sur la place réservée à la Parole de Dieu dans notre vie chrétienne. Sans elle notre vie chrétienne tombe en ruine. A tout moment, notamment durant les périodes de grandes épreuves, nous devons y revenir pour l’écouter, l’étudier, la méditer, la contempler, nous en nourrir, de façon à pouvoir nous laisser régénérer et renouveler par elle. C’est dans ce contact régulier avec la Parole de Dieu que le Dieu de la vie manifeste sa présence en nous et fait éclater en nous la joie des ressuscités.

Le deuxième point de notre méditation est justement la joie que fait naître en nous le message de Pâques. A propos des femmes revenues du tombeau, il est dit qu’elles étaient remplies de crainte et d’une grande joie. Remarquons que la crainte qu’elles continuent de nourrir suite à l’apparition de l’ange ne les empêche pas d’être remplies d’une grande joie. La crainte fait donc place à une grande joie : la joie des ressuscités, la joie de ceux en qui se manifeste la vie nouvelle du ressuscité.

C’est de cette vie nouvelle que parle l’apôtre Paul dans sa lettre aux Romains lorsqu’il dit: « Frères, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts ».

Autrement dit, le baptême qui nous unit au Christ mort et ressuscité est ce qui nous donne la grâce de vivre ici déjà comme des ressuscités. Et le signe de cette résurrection est la joie qui transparaît même sur nos visages au milieu des épreuves que nous endurons. Mais la joie manifestée en nous comme signe de la Présence du ressuscité n’est pas à garder pour nous seuls, nous sommes appelés à l’annoncer au monde. C’est là le troisième point majeur de notre méditation.

Le troisième point de notre méditation est en effet l’annonce sans délai de la résurrection. A deux reprises, les femmes sont invitées à annoncer sans délai la Bonne Nouvelle de la résurrection aux disciples. Ceux-ci devront ensuite se rendre en Galilée pour rencontrer le ressuscité.

Remarquons que le message de la résurrection, une fois accueillie, met chaque groupe en mouvement : les femmes se déplacent vers les disciples et les disciples, à leur tour, doivent se rendre en Galilée. Ce qui met ici les gens en mouvement, c’est la rencontre personnelle avec le ressuscité. Il a fallu que les femmes fassent une rencontre personnelle avec le ressuscité – rencontre au cours de laquelle elles lui saisissent les pieds en se prosternant devant lui – pour être plus que jamais portées à l’annonce de la résurrection. Il en sera de même pour les disciples qui, après l’accueil du message des femmes devront se rendre en Galilée pour rencontrer le ressuscité. C’est alors qu’ils deviendront eux-mêmes de véritables témoins de la résurrection.

C’est dire que pour être constitué témoin intrépide de la résurrection, il nous faut effectuer une rencontre personnelle avec le ressuscité. Accueillir le message de Pâques ne suffit pas, encore faut-il laisser le Christ se faire présent en nous pour ouvrir notre cœur et notre esprit à l’intelligence de sa Parole, et insuffler en nous le souffle vivifiant qui nous donne l’élan pour la mission.

Au cours de cette eucharistie, demandons-lui la grâce de le rencontrer véritablement, de sorte que, instruits, éclairés et renouvelés par sa présence, nous soyons à même de l’annoncer sans délai à tous nos frères et sœurs qui le cherchent dans le monde. Qu’il nous accorde cette grâce, Lui qui vit et règne maintenant et pour les siècles des siècles. Amen !